Jusqu’à quel point peut-on célébrer une médaille de bronze ? Les Suédois, s’il y en a, savent que ce n’est pas forcément la valeur de la médaille qui détermine la force des émotions.

En 1994, c’était la place Rålambshovsparken à Stockholm ; en 2023, la place autour du Monument de la liberté à Riga – l’obélisque de 42 mètres de haut qui a servi de symbole constant de la résilience du pays.

Peu avant minuit dimanche soir, la Saeima du Parlement letton a adopté à la hâte une proposition visant à faire du lundi 29 mai un jour férié. Les tests nationaux et les examens auront toujours lieu, mais des dizaines de milliers de chômeurs pourront se rassembler pour recevoir leurs héros du hockey.

Le voyage depuis l’aéroport les joueurs ont voyagé dans un bus de ville ordinaire, avec des places debout pour la plupart d’entre eux. Le professionnel allemand Miks Indrasis n’a pas pu retenir ses larmes en voyant les gens s’aligner sur la route de la ville pour leur souhaiter la bienvenue.

Sur scène jouait Prata vetra (Brainstorm), la réponse lettone à GES ou à Kent.

Mais même si la joie d’un succès sportif inhabituel peut être comparée à celle du bronze suédois en football en 1994, elle s’arrête là. Cette médaille – la première de la Lettonie en Coupe du monde de hockey – signifie beaucoup plus.

Combien ?

La Lettonie a célébré sa victoire sur les Etats-Unis avec une joie débordante.


Photo : Joel Marklund/Bildbyrån

Président du pays Eglis Levits s’est exprimé dans les vestiaires après la victoire contre les Etats-Unis dans le match pour la médaille de bronze.

– Les garçons. Chaque pays a ses grands moments. Certains d’entre vous se souviennent encore des grandes manifestations des années 1990″, a-t-il déclaré en désignant l’actuel entraîneur des gardiens de but et l’ancienne étoile fixe Arturs Irbe, en référence à la libération de l’Union soviétique en 1991.

– Ces grands moments sont nécessaires pour unir la nation. Et l’un de ces grands moments de l’histoire de la nation lettone vient de se produire.

– Vous avez uni la nation, comme cela s’est produit dans les années 90 et après toutes les difficultés que nous avons connues, c’était incroyablement, incroyablement important pour notre pays. Pour que nous ressentions cette unité. Parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui ne l’ont pas encore ressentie.

La Lettonie est un petit paysavec une histoire pleine de fierté mais aussi de lourds revers. Constamment occupée. Par les Suédois, les Allemands, l’Empire tsariste russe. Ma propre famille a fui l’occupation soviétique dans les années 1940.

Depuis la libération en 1991, le pays a lutté pour ne pas se perdre. La crise économique de 2008 a frappé durement. Au cours des 25 dernières années, la Lettonie a perdu un quart de sa population, en partie à cause de l’émigration massive des jeunes qui voient de meilleures perspectives d’avenir dans d’autres parties du monde.

Aujourd’hui, la menace de l’Est est à nouveau bien réelle. Après que la Russie a lancé sa guerre d’agression, la Lettonie est l’un des pays au monde qui a donné la plus grande part de son PIB pour soutenir l’Ukraine.

À la lumière de tout cela, la médaille de bronze de la Coupe du monde devient bien plus qu’une simple médaille.

Les joueurs avec leurs médailles de bronze qui représentent tant pour toute une nation.


Photo : Jonathan Näckstrand/AFP

Le tournoi lui-même s’est déroulé d’une manière sans précédent. Il a commencé par une lourde défaite contre le Canada (0-6). Mais après cela, l’équipe, composée principalement de joueurs de la ligue tchèque, de la ligue allemande et des ligues mineures d’Amérique du Nord, a rebondi.

Ils ont battu la République tchèque et la Suisse. Elle a éliminé la Suède. Ils ont poussé le Canada en demi-finale et ont battu les États-Unis. Un exploit pour un pays qui compte un peu moins de deux millions d’habitants et à peine plus de 5 000 joueurs de hockey sur glace enregistrés.

Le jeune gardien Arturs Silovs a été désigné meilleur joueur de la Coupe du monde. Il appartient aux Canucks de Vancouver, mais a surtout joué dans l’équipe d’entraînement de l’AHL. Il a ensuite remercié les supporters lettons qui ont porté l’équipe tout au long du championnat.

Le centre de Riga était baigné de bordeaux et de blanc lundi. Et la fête va durer longtemps.

Car, comme l’a fait remarquer l’organisateur de la conférence depuis la scène :

Plus forte que les États-Unis, que la Suisse, que la République tchèque, que la Suède et la Finlande, c’est la Lettonie.

Lire la suite : Le bronze historique de la Coupe du monde pour la Lettonie : « C’est irréel ».