
Bien que Moscou soit occupé par la guerre en Ukraine, la possibilité d’une attaque russe contre la Suède est toujours une menace pertinente, a conclu un récent rapport présenté par la Commission de défense suédoise lors d’une conférence de presse le lundi 19 juin, plaidant pour une nouvelle doctrine de défense et un état de préparation générale plus élevé des forces armées suédoises.
Le rapport, soumis au ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, présente l’évaluation par la Commission de défense de l’environnement sécuritaire mondial et les conséquences des développements actuels pour la politique de sécurité de la Suède, tout en abordant les questions relatives à l’adhésion prochaine du pays à l’OTAN.
En ce qui concerne les menaces et les défis actuels, le rapport – intitulé « Grave Time » (« Allvarstid ») – affirme que l’ordre international fondé sur des règles est à la croisée des chemins et qu’il est attaqué par des États autocratiques et révisionnistes tels que la Russie et la Chine. S’il admet que cette dernière ne présente pas de menaces directes pour la sécurité de la Suède, ses actions font proliférer l’instabilité dans le monde entier et enhardissent d’autres pays, comme la Russie, à recourir à la force militaire dans leur voisinage.
« Une attaque armée contre la Suède ne peut être exclue. Il n’est pas non plus exclu que la force militaire ou de nouvelles menaces de recours à cette force soient utilisées contre la Suède », indique le rapport.
Selon des sources internes à la télévision publique suédoise SVT le ministère de la défense estime que les préparatifs en vue d’un éventuel conflit doivent être accélérés immédiatement. Le rapport a donc pour but de signaler à tous les niveaux de la structure de défense suédoise que l’heure est grave et d’envoyer un message clair de dissuasion à Moscou.
Le document affirme que même si les troupes russes sont immobilisées en Ukraine, cela ne signifie pas que Moscou cesse d’être une menace, bien au contraire. Comme le dit le rapport :
La Russie a encore abaissé son seuil d’utilisation de la force militaire et fait preuve d’un grand appétit pour le risque politique et militaire. La capacité de la Russie à mener des opérations aériennes, navales, nucléaires ou à longue portée contre la Suède reste intacte. La Russie a également la capacité d’opérer avec des forces spéciales.
Avant la candidature de la Suède à l’OTAN, sa doctrine de défense était basée sur le principe de neutralité, complété par une déclaration de solidarité avec ses voisins. Le rapport établit une nouvelle doctrine militaire, remplaçant la vague promesse de solidarité par un engagement total envers les alliés de l’OTAN, et déclare que :
L’intérêt vital de la Suède en matière de sécurité nationale est d’affirmer l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de notre pays. Nous sommes prêts à utiliser la force armée pour défendre notre pays, notre population, notre démocratie, notre liberté et notre mode de vie.
Cependant, on ne sait toujours pas quand l’adhésion de la Suède à l’OTAN sera finalement ratifiée par la Turquie, alors qu’Ankara continue d’utiliser sa position pour inciter Stockholm à extrader ou au moins à arrêter les ressortissants kurdes vivant en Suède et recherchés en Turquie pour des accusations de terrorisme. Au début du mois, quelque 500 personnes se sont rassemblées dans la capitale suédoise pour protester contre la nouvelle législation antiterroriste du gouvernement, destinée à apaiser la Turquie, dénonçant non seulement la loi, mais aussi l’adhésion à l’OTAN dans son ensemble.
Les chefs de la défense de l’UE, dont le ministre suédois de la défense Pål Jonson, se réuniront également mardi pour discuter des besoins de l’Union en matière de sécurité.
