
C’est l’un des romans les plus étranges de notre époque, surtout en ce qui concerne sa lecture. Le grand cahier d’Agota Kristóf, publié en 1986, raconte l’histoire de deux jumeaux qui sont emmenés dans la maison de leur grand-mère à la frontière, loin de la grande ville et des horreurs de la guerre. L’histoire d’une enfance où la vie est loin d’être paisible : sale, pauvre, pleine d’abus et d’obscénités.
Des connaissances qui ne lisent pas habituellement sont totalement enthousiastes. Certains disent que c’est un livre qu’on ne lit pas mais qu’on avale d’une traite. Mais la semaine dernière, j’ai entendu parler d’une autre expérience, celle d’une amie qui a ressenti un tel dégoût qu’elle a dû jeter le livre après 50 pages. En d’autres termes, ce livre ne laisse personne indifférent.
En tant que pièce de théâtre, elle est dépouillée. Le drame est ailleurs. Au début, il se fait rare, la représentation étant alourdie par les comptes rendus des jumeaux, que le dramaturge norvégien Jon Fosse a largement conservés dans sa dramatisation.
La scénographie est donc minimale, les jumeaux nous racontant en grande partie ce qui se passe plutôt que de l’illustrer. La metteuse en scène Sofia Adrian Jupither prend le taureau par les cornes et, avec une mise en scène sobre, correspond bien au langage notoirement précis et concis de Kristof. Le théâtre prend forme dans nos têtes plutôt que sur scène. Ce n’est peut-être pas souhaitable, mais c’est frappant.
Le grand livre de l’écriture est une description de la guerre et de la survie, qui se concentre ici sur les abus et l’animalité humaine. Sorte d’Ur-narrative européenne, il dépeint les horreurs des zones frontalières de la bataille. La suprématie change constamment de forme, le petit homme est celui qui se sert le mieux.
Il est plus facile d’être deux. Les chemises des jumeaux restent blanches comme de la craie dans la merde de leur éducation, ce qui est à la fois remarquable et puissant. David Fukamachi Regnfors et Marcus Vögeli transforment les frères et sœurs apparemment inséparables et bien peignés en écoliers endurcis sur le chemin brut de la vie, une paire de romans remarquables qui endurcissent froidement et surmontent l’indicible. La fin du spectacle, quand il s’ouvre et se ferme, est presque aussi bonne que le livre. Une très bonne note.
Erik est né et a grandi à Stockholm, en Suède, où il a passé la majeure partie de sa vie avant de venir vivre en France en 2018. Il est de langue maternelle suédoise et parle couramment francais. Il a obtenu un diplôme en communication et marketing à l’Université de Stockholm. Passioné par les voyages et la culture Suédoise, il aime partager les infos et valeurs de la Suède.
