Chaque nouveau film du réalisateur Jonathan Glazer (« Sexy Beast », « Under the Skin ») est un événement majeur dans le monde du cinéma et « The Zone of Interest » – qui a remporté le Grand Prix à Cannes 2023 – ne fait pas exception.

À peu près à la moitié du film je commence à me sentir physiquement malade. Non pas à cause de ce qui est montré à l’écran, mais à cause de ce qui n’est pas montré. Nous sommes en 1943 et le commandant du camp Rudolf Höss (Christian Friedel) vit à côté d’Auschwitz avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller) et leurs cinq enfants.

Glazer ne montre jamais le camp derrière les barbelés, mais laisse une cacophonie de sons en arrière-plan illustrer ce qui se passe : trains qui arrivent, soldats qui aboient des ordres, cris et coups de feu. Le titre insensible « Zone d’intérêt » est le même terme que celui utilisé par les nazis pour désigner la zone entourant les camps de concentration, et reflète l’aveuglement moral qui permet à Höss et à sa famille d’être heureux dans leur maison de rêve malgré le massacre perpétré à quelques mètres de là.

Pendant son temps libre on voit Rudolf pêcher avec les enfants et Hedwig essayer les fourrures des prisonniers assassinés. Des serviteurs courent partout pour s’occuper d’eux.

« Zone d’intérêt » est comme une version inversée du magistral « Son of Saul » (2015) de László Nemes, où la photo était collée derrière l’épaule d’un prisonnier de camp luttant pour sa vie par tous les moyens nécessaires.

La perspective est lainversée dans « Zone d’intérêt », filmée avec des caméras cachées qui donnent l’impression d’être à la dérobée et renforcent le réalisme de l’engourdissement.

Contrairement à d’autres films sur l’Holocauste qui se concentrent souvent sur les victimes, il y a un fort intérêt artistique à forcer le public à suivre les tueurs dans leurs moments les plus intimes. Un peu comme dans « Killers of the flower moon » de Martin Scorsese, mais ici sans montrer les atrocités elles-mêmes, transformant presque le public en complice.

Jonathan Glazer fait apparaître le mal de l’Holocauste sous une forme terrifiante au-delà de l’idéologie : avec indifférence plutôt qu’avec haine.