Le philosophe australien David Chalmers s’attaque à la question philosophique persistante de l’existence du monde extérieur, mise à jour pour l’ère numérique.

Il présente trois thèses principales :

1/ Nous ne pouvons pas savoir si nous vivons dans une simulation.

2/ Les mondes virtuels sont réels, ce qui s’y passe est réel, pas apparent.

3/ L’homme développera des mondes virtuels équivalents à la réalité, beaucoup de gens choisiront de vivre une grande partie de leur vie dans le virtuel.

A cela j’aimerais répondre :

1/ Non, mais cela n’a pas d’importance – comme il le souligne lui-même, cela ne peut pas être prouvé et ne peut pas être réfuté. Il s’agit donc d’une affirmation dénuée de sens, ou du moins d’une affirmation qui n’a pas d’incidence sur la façon dont nous vivons notre vie.

2/ La réalité virtuelle et la réalité ordinaire ne sont pas des réalités multiples, mais une seule. Les mondes virtuels sont des fonctions informatiques dans lesquelles des personnes agissent. La réalité virtuelle n’est pas une réalité à part entière, elle existe dans le cadre de la réalité ordinaire. Le fait que des événements virtuels puissent être réels n’est pas plus surprenant que le fait que d’autres événements de communication soient réels : par exemple, faire un achat ou insulter quelqu’un.

3/ Eh bien, qui vivra verra. Les prévisions futures sont généralement erronées. L’humanité n’a pas créé d’hélicoptères individuels ou de sacs à dos à fusée, comme on le prévoyait de manière rigide dans les années 60, mais nous avons créé Internet et une IA qui peut aider les élèves à tricher à l’école. Quelle serait la force motrice derrière la mise en œuvre massive de la RV que Chalmers envisage ? Il ne donne aucun indice. Dans sa forme la plus simple, la vision de l’avenir de Chalmers ressemble davantage à une industrie de l’expérience à la frontière du voyage, du divertissement et de la drogue ; une usine à rêves immersifs plutôt qu’une sorte de nouvelle réalité.

Le livre de David Chalmers vaut toujours la peine d’être lu, même si les objections s’alignent. Surtout comme exemple d’une tradition de pensée qui voit le développement informatique comme l’émergence de quelque chose de complètement nouveau. Pour ma part, je ne m’attends pas à un monde nouveau, mais simplement à la même chose, avec plus de puissance de calcul.