Que fait la Banque centrale européenne ?

La Banque centrale européenne (BCE) s’en tient à son plan et augmente maintenant son taux d’intérêt directeur de 0,5 point de pourcentage pour le porter à 3 %.

La stratégie est connue. Comme en Suède et dans de nombreux autres pays, l’inflation dans les pays de l’euro est beaucoup trop élevée, proche de 10 %. De plus, les hausses de prix montrent des signes d’enracinement. La BCE poursuit donc son resserrement et tente de faire baisser l’inflation.

Quelle est l’incidence de cette situation sur les turbulences des marchés financiers ?

En tout cas, il n’y a pas que du positif. Après l’effondrement de la banque américaine Silicon Valley Bank la semaine dernière, la nervosité s’est propagée aux banques européennes, notamment à la banque suisse Credit Suisse.

Les problèmes de la Silicon Valley Bank étaient notamment directement liés à la hausse des taux d’intérêt.

Quel est le lien, pourquoi la hausse des taux d’intérêt menace-t-elle la stabilité des banques ?

La hausse des taux d’intérêt a des effets à la fois positifs et négatifs sur les banques. L’impact négatif sur la Silicon Valley Bank est dû au fait que la banque a utilisé une grande partie des dépôts de ses clients pour investir dans des obligations.

Ces obligations sont des prêts contractés par les gouvernements, par exemple, avec un taux d’intérêt convenu et une date de remboursement future. Il s’agit d’investissements extrêmement sûrs, mais qui comportent un certain type de risque. Lorsque les obligations sont négociées sur le marché secondaire, leur valeur augmente et diminue en fonction des taux d’intérêt.

Lorsque les taux d’intérêt augmentent rapidement, des valeurs importantes peuvent partir en fumée. C’est ce qui a conduit à l’effondrement de la Silicon Valley Bank.

Les banques européennes ne sont-elles pas en difficulté ?

De nombreuses banques peuvent subir des pertes comme la Silicon Valley Bank. Mais les grandes banques européennes ont un modèle d’entreprise complètement différent. En outre, elles sont soumises à des exigences plus strictes qui font que les risques – du moins pour l’instant – semblent beaucoup plus faibles.

Mais la BCE reste très attentive à souligner que son niveau de préparation à la crise est élevé. Et comme la hausse des taux d’intérêt a de nombreux effets différents sur l’économie, de nombreuses inquiétudes pourraient surgir.

Cela signifie-t-il que les taux directeurs ne continueront pas à augmenter ?

C’est en fait incertain. Les turbulences financières de ces derniers jours ont entraîné un changement assez radical dans les attentes des banques centrales. La semaine dernière, les marchés financiers pensaient que la BCE, par exemple, continuerait à relever son taux directeur au-dessus de 4 %. Aujourd’hui, il y a fort à parier que la BCE a clairement relevé son taux directeur, ou qu’elle le relèvera juste un peu plus par rapport au taux actuel de 3 %.

Le changement est également perceptible dans la communication de la présidente de la BCE, Christine Lagarde. L’avenir est incertain, a-t-elle souligné jeudi. Dans le passé, elle et ses collègues ont indiqué ce qu’ils avaient l’intention de faire ensuite. Maintenant, c’est fini. Nous verrons bien, tel est le message.

Que se passera-t-il si les turbulences sur les marchés financiers se poursuivent ?

Ce dont nous sommes sûrs, c’est que les banques centrales devront jongler avec plusieurs problèmes en même temps à l’avenir.

Le fléau de l’inflation demeure et doit être combattu. Dans le même temps, les banques et les autres systèmes doivent rester stables. Il s’agit d’une double manœuvre. La façon dont les banques centrales et les autres autorités procèdent dépend simplement de l’évolution des événements.

Les turbulences ne doivent pas nécessairement être le prélude à une catastrophe majeure. Il est tout à fait concevable que l’inquiétude au sujet des banques se maintienne à un niveau gérable. Une telle incertitude produirait elle-même une sorte de ralentissement économique, tout comme les nouvelles augmentations de taux d’intérêt sont censées le faire. Dans ce cas, les banques centrales pourraient en fait relâcher la pédale de frein.

Pour en savoir plus :

« On ne peut ignorer le risque d’une crise bancaire majeure »