Une prose un peu nouvelle, enjouée, joyeuse, comme dans « Harald’s Mum » de Johanna Frid, sur une belle-mère bien-pensante, « The First » de Marit Furn, sur les luttes de pouvoir dans les vallées, « Fucking Men » d’Andrev Walden, sur sept pères. Un ton un peu sec, sociologique, une sorte de regard dans le style. Très particulier, très drôle.

Le « Télégraphe de l’âme » d’Amanda Svensson a un ton similaire. Iris Watkins, 13 ans, vit une enfance solitaire dans la campagne de l’Angleterre des années 1990 ; elle pourrait être la sœur de la Loella de Maria Gripe dans « La fille de papa Pellerin ». Des pouvoirs surnaturels et des parents perfides dans un récit sur le passage à l’âge adulte, le vieillissement et la mort. Le roman comme messager de la compréhension – le télégraphe de l’âme.

La piste autobiographique reste forte. L’un des grands débats littéraires de l’année a porté sur le degré d’égocentrisme des écrivains, et la publication des « Lettres secrètes » dans la famille Myrdal montre que ce débat va se poursuivre. Systrarna » de Jonas Hassen Khemiri et « Sniglar och snö » d’Agneta Pleijel évitent le piège de l’autofiction par une sorte de mensonge ludique au service de la littérature.

À côté de la confession privée, il y a la trace de la longue série : le collectif, le mouvement entre nous. Comme le roman bouleversant d’Ann-Helen Laestadius, « Straff », sur la politique coloniale suédoise des Samis, l’éclatant « Vulcan » de Nino Mick sur la grande grève de 1909, ou la première partie d’une suite d’Elise Karlson sur Rinkeby datant des années 1970, « Det finns liv hier ». Le livre « My book world » de Kerstin Ekman parle d’une vie entière avec toute cette vie, d’un parapluie ombragé ou d’un abri pour les périodes amusantes et troublées.

Le temps donne naissance aux dystopies, comme le triste « All my love » d’Agnes Lidbeck, mais aussi une évasion à la campagne, comme le premier roman de Sanna Samuelsson, « Mjölkat », et le premier roman du poète Pär Hansson, « Spindelbjörken ».

Les écrivains luttent pour gagner leur vie alors que l’écoute augmente, que les bibliothèques ferment et que l’intelligence artificielle fait son apparition. Qu’advient-il des traductions et combien d’ouvrages une IA peut-elle produire en une semaine ? Avec l’IA comme ghostwriter, qu’advient-il de l’âme de la littérature : le style ?