BAGDAD –

L’incendie du Coran en Suède par un immigrant syro-irakien qui travaillait pour une milice chiite, a été l’occasion pour le mouvement sadriste de revenir sur la scène politique, en vue des élections locales qui se tiendront le 24 décembre prochain.

Les observateurs estiment que l’incident a ravivé ce que les sadristes considèrent comme un « mouvement populaire » visant à rassembler les forces qui avaient été dispersées par le retrait du leader du mouvement, Muqtada al-Sadr, de la scène politique après la décision de retirer les députés sadristes du parlement en juin 2022.

Le mouvement sadriste reste une force dominante, en particulier au sein des factions chiites où Sadr est un concurrent majeur à Bagdad, ainsi que dans les provinces centrales et méridionales.

Les forces civiles, qui sont fortement influencées par la présence ou l’absence de Sadr, ont commencé à annoncer leurs préparatifs pour les prochaines élections, indépendamment de la participation des Sadristes.

Cela indique que les élections seront très controversées en termes de confrontation et de participation, ce qui pourrait entraîner un changement dans la dynamique des alliances.

Les manifestations de colère à Bagdad et la prise d’assaut du bâtiment de l’ambassade de Suède ont constitué une rare occasion pour les sadristes de montrer leur force et de mobiliser leurs partisans sous la bannière de la défense du Coran, mais aussi de réorganiser les forces en présence en vue des élections locales.

Les conseils locaux jouissent de pouvoirs essentiels qui comprennent le contrôle du travail des administrations locales, la dépense des fonds alloués aux gouvernorats et la supervision de la mise en œuvre de nouveaux projets, ainsi que la gestion des autorités locales chargées de la sécurité.

Vendredi, des milliers de partisans de Sadr ont manifesté devant l’ambassade de Suède à Bagdad pour demander la fin des relations diplomatiques.

Les manifestants portaient des portraits de Sadr et de son père, également un religieux important, ainsi que des drapeaux irakiens, et scandaient « Oui, oui au Coran, Moqtada, Moqtada ».

Une manifestation de moindre ampleur a eu lieu dans la province méridionale de Dhi Qar.

Sadr avait appelé jeudi à des « manifestations massives de colère contre l’ambassade de Suède à Bagdad » et à exiger l’expulsion de l’ambassadeur suédois et la rupture des liens avec la Suède.

La police suédoise a accusé l’homme qui a brûlé le livre saint d’agitation contre un groupe ethnique ou national. Dans une interview accordée à un journal, il s’est décrit comme un réfugié irakien cherchant à l’interdire.

Le ministère irakien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de Suède jeudi, exhortant le gouvernement suédois à livrer l’homme afin qu’il puisse être jugé conformément à la loi irakienne.

Alors que la police suédoise a rejeté plusieurs demandes récentes de manifestations contre le Coran, les tribunaux ont annulé ces décisions, estimant qu’elles portaient atteinte à la liberté d’expression.

Dans son autorisation pour la manifestation de mercredi, la police suédoise a déclaré que, bien qu’elle « puisse avoir des conséquences en matière de politique étrangère », les risques pour la sécurité et les conséquences liées à l’incinération du Coran n’étaient pas d’une nature telle que la demande devait être rejetée.

Les gouvernements de plusieurs pays musulmans, dont la Turquie, les Émirats arabes unis, la Jordanie et le Maroc, ont protesté contre l’incident.

Les États-Unis ont également condamné l’incident, mais ont déclaré que la délivrance du permis soutenait la liberté d’expression et ne constituait pas une approbation de l’action.