Le passager d’une compagnie aérienne qui a acheté un billet pour Vilnius s’aperçoit qu’une guerre fait rage en Europe. A l’atterrissage, on peut voir un grand nombre de missiles antiaériens de type Patriot, regroupés pour la défense sur la piste. La capitale lituanienne n’est qu’à 20 miles de la frontière avec la Biélorussie et à 15 miles de la Russie.

Le sommet de l’OTAN de l’alliance de défense semble se transformer en un thriller politique pour la Suède. Lundi soir, le secrétaire général de l’OTAN rencontrera le premier ministre Ulf Kristersson et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le président lituanien Gitanas Nauseda reçoit Jens Stoltenberg de l'OTAN.

Photo : Alexander Mahmoud

La situation est similaire à la précédente sommet de l’OTAN à Madrid en juin 2022, où Erdogan s’était également opposé à l’adhésion de la Suède et de la Finlande.

À la dernière minute, une réunion de quatre heures s’est tenue à Madrid entre Stoltenberg, Erdogan, la Première ministre Magdalena Andersson (S) et le président finlandais Sauli Niinistö. Cette rencontre a débouché sur un accord de coopération antiterroriste entre les trois pays. La Turquie a ensuite voté en faveur de l’invitation des pays nordiques.

Mais alors que la Finlande est devenue un pays de l’OTAN en avril, la Turquie retarde l’entrée de la Suède. L’un des objectifs de Jens Stoltenberg à Vilnius, comme il l’a déclaré dans une interview à DN le 31 mai, est d' »obtenir des promesses contraignantes pour ratifier la Suède ». Il ne reste plus qu’aux parlements turc et hongrois à ratifier ou à approuver le protocole d’adhésion de la Suède.

Mais Erdogan a augmenté le prix de l’approbation de la Suède ces derniers jours. Dès l’atterrissage de son avion à Vilnius, il a annoncé sur le microblog Twitter que l’UE entamerait des négociations d’adhésion avec la Turquie avant que la Suède ne puisse rejoindre l’OTAN.

Lors d’un point presse, il a répondu Stoltenberg a déclaré qu’il pensait lui aussi que la Turquie devait devenir un État membre de l’UE. Mais il s’agit maintenant pour la Suède de tenir ses promesses dans le cadre de l’accord de Madrid. La Suède devrait devenir membre « dès que possible » pour la sécurité de l’Europe du Nord, a déclaré M. Stoltberg, ajoutant : « La Suède devrait devenir membre dès que possible pour la sécurité de l’Europe du Nord :

– Il est encore possible de parvenir à un accord positif ici à Vilnius.

Secrétaire général de l'OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg.

Photo : Alexander Mahmoud

Le ministre des Affaires étrangères, Tobias Billström, a déclaré à Stockholm qu’il avait bon espoir de rencontrer le président Erdogan plus tard dans la journée.

– Bien sûr, nous espérons que le gouvernement nous donnera le feu vert », a déclaré M. Billström à Expressen avant de partir.

Il y a une semaine, les États-Unis ont également estimé qu’ils avaient mis au point un ensemble de mesures susceptibles de faire changer Erdogan d’avis. C’est pourquoi Ulf Kristersson a été invité à court terme à rencontrer le président américain Joe Biden mercredi, rapporte DN.

A Vilnius, Biden rencontrera Erdogan en tête à tête. Les États-Unis peuvent offrir à la Turquie une modernisation de ses avions de chasse F-16 ; le Congrès américain est en train de pivoter sur cette question. Une visite d’État aux États-Unis, souhaitée par Erdogan, est également à l’ordre du jour.

Mais la Turquie veut aussi bénéficier de la technologie militaire avancée d’autres pays de l’OTAN. Mais cela ne sera possible que si Erdogan laisse la Suède entrer dans l’OTAN, lui ont-ils dit, selon DN.

Il y a donc des négociations à plusieurs niveaux. Deux points importants du sommet de l’OTAN sont les nouveaux plans de défense pour l’Europe et la protection contre le terrorisme. La Turquie a bloqué les plans de défense et exige davantage de mesures antiterroristes, ce que les autres alliés n’ont pas encore accepté.

La Turquie a, par le biais de Avec la guerre d’agression russe contre l’Ukraine, la Turquie joue un rôle géographique clé, M. Erdogan étant le vote décisif. Mais ses liens étroits avec Vladimir Poutine suscitent une irritation croissante au sein de l’OTAN, car M. Erdogan « doit prendre parti », déclare un diplomate de l’OTAN.

– Erdogan jouit d’une influence maximale à Vilnius et veut tester l’influence qu’il peut en retirer. Mais il y a un moment où même un dirigeant totalitaire comme Erdogan a besoin d’avoir quelques amis en Occident. « Il n’a pas besoin de brûler d’autres ponts, il doit réparer ceux qu’il a brûlés », déclare Jim Townsend, ancien secrétaire d’État adjoint pour l’Europe au Pentagone. Il est aujourd’hui chercheur principal au sein du groupe de réflexion CNAS.

Photo : Eva Tedesjö

Jim Townsend ajoute :

– Erdogan a besoin d’armes et d’investissements américains. Le plus simple serait de se détendre et de laisser la Suède entrer dans l’OTAN, mais on ne sait jamais avec lui.