
Michel Martin s’entretient avec Daniel Fata, expert en politique publique, au sujet du soutien de la Turquie à la candidature de la Suède à l’OTAN et d’un accord potentiel visant à augmenter les dépenses militaires de l’Alliance.
MICHEL MARTIN, ANIMATEUR :
Lors du sommet de l’OTAN, la Turquie a soudainement fait volte-face en acceptant de soutenir la candidature de la Suède à l’adhésion à l’Alliance. La décision doit être ratifiée par le Parlement turc, mais elle est considérée comme un grand pas en avant après qu’Ankara a passé des mois à bloquer la candidature de la Suède. Une autre question que les dirigeants de l’OTAN espèrent résoudre lors du sommet est celle du budget. En 2014, les alliés s’étaient engagés à augmenter leurs dépenses minimales de défense à 2 % du PIB national de chaque pays. Ces objectifs n’ont pas été atteints. Daniel Fata se joint à moi pour vous donner un aperçu de la situation. Il est expert en politique publique et ancien haut fonctionnaire de défense pour l’Europe et l’OTAN. Nous l’avons rencontré lors du sommet en Lituanie. M. Fata, merci beaucoup de nous avoir rejoints.
DANIEL FATA : Bonjour.
MARTIN : Cela fait plus d’un an que nous vous parlons de l’opposition de la Turquie à l’adhésion de la Suède. Hier encore, le président turc Erdogan a exigé l’adhésion de la Turquie à l’UE en échange de l’admission de la Suède à l’OTAN. Selon vous, qu’est-ce qui a poussé la Turquie à changer de position ? Cela semble plutôt abrupt.
FATA : C’est abrupt, mais cela fait aussi partie d’un schéma. Si vous regardez les derniers sommets, le président Erdogan a résisté sur de nombreux points, et il utilise cela comme une tactique de négociation. Je pense qu’il est important pour lui d’avoir une voie vers l’adhésion à l’UE, et il n’y a pas eu beaucoup de progrès ces dernières années. Je pense donc que, si vous êtes à sa place, vous tirez parti de cette situation de manière appropriée pour essayer d’obtenir des concessions qui comptent pour lui, car la Suède compte évidemment pour le reste de l’alliance, y compris pour la Turquie.
MARTIN : Quel rôle pensez-vous que les États-Unis ont joué pour amener la Turquie et la Suède à se mettre d’accord ? Je note que le Premier ministre suédois était récemment à Washington pour rencontrer le président Biden avant qu’il ne parte pour le sommet. Les États-Unis ont-ils joué un rôle dans cette affaire ?
FATA : En ce qui concerne l’UE, je n’en suis pas sûr. Mais je pense que ce que nous allons entendre – et vous pouvez voir la déclaration de la Maison Blanche qui a été publiée hier et qui manque de détails – c’est que la Maison Blanche a joué un rôle auprès du président Erdogan. Le président Erdogan voulait des avions de combat F-16 plus avancés. Il a participé au programme F-35. Il ne l’est pas à cause de certaines décisions d’achat d’équipements russes. Je pense donc, et c’est ce que nous entendons ici sur le terrain, que l’une des choses qui a contribué à faire basculer la situation, c’est que les États-Unis ont accepté de vendre des avions de combat avancés à la Turquie.
MARTIN : Je voudrais mentionner que la Finlande a également été récemment admise dans l’alliance. Qu’est-ce que l’ajout de deux pays nordiques apporte stratégiquement à l’alliance de l’OTAN ?
FATA : Excellente question. Les deux entreprises – les deux pays – apportent beaucoup de capacités. Tous deux étaient des pays neutres à bien des égards, et tous deux devaient assurer leur propre défense. Les Finlandais ont – les Finlandais ont une longue histoire avec la Russie, et ils apportent donc beaucoup de capacités immédiates et une compréhension du fonctionnement de la Russie. Quant aux Suédois, ils apportent une grande puissance navale dans la région nordique et balte. Cela contribue donc réellement à renforcer la sécurité de cette partie de l’Europe.
MARTIN : J’aimerais vous poser une question sur le budget, un autre problème que l’OTAN espère résoudre. Selon certaines informations, les alliés de l’OTAN se sont mis d’accord pour augmenter les dépenses militaires d’au moins 2 % pour chaque pays. Mais, vous savez, ce n’est pas un secret que la guerre en Ukraine a mis à rude épreuve de nombreuses économies européennes et que l’augmentation du budget de la défense pourrait ajouter des tensions supplémentaires. Qu’entendez-vous à ce sujet lors du sommet ?
FATA : Tous les présidents et premiers ministres se réuniront dans ce que l’on appelle la session du Conseil de l’Atlantique Nord, et ils commenceront à dévoiler toutes les annonces, que l’on peut qualifier de » livrables « . L’une des principales annonces – et il se pourrait bien – si ce n’est pas l’Ukraine en premier, que ce soit celle-ci – est que tous les pays se sont mis d’accord pour dépenser 2 % de leur PIB comme minimum, donc comme plancher. Il y a dix ans – ou neuf ans – lors du sommet du Pays de Galles au Royaume-Uni, les alliés se sont mis d’accord pour que l’objectif soit de 2 %. Aujourd’hui, vous verrez qu’il s’agira d’un plancher, c’est-à-dire pas moins de 2 %. Et les 31 alliés seront d’accord sur ce point.
MARTIN : S’agit-il d’une sorte de compromis ou d’un point sur lequel vous pensez vraiment qu’il y a un accord ?
FATA : Je pense qu’il y a un véritable accord. Plus tôt dans la journée, plusieurs premiers ministres étaient présents. Et le premier ministre de l’Estonie a présenté quelques statistiques intéressantes – dont l’une que je vais mentionner. Elle a déclaré qu’en 1988 – donc un an ou deux avant la chute du mur – les alliés dépensaient 2 % parce qu’il y avait une menace. Aujourd’hui, seuls 11 membres dépensent 2 %. Je pense que ce que vous voyez, c’est une reconnaissance de la menace, et c’est ce qui nous poussera à atteindre les 2 %.
MARTIN : C’est Daniel Fata. Daniel, merci beaucoup d’avoir partagé votre expertise avec nous.
FATA : Très bien. Merci, Michel.
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