Avec une ambiance sonore et un dispositif d’éclairage dignes d’un grand concert d’arène, la corde sensible du spectacle est frappée par des grondements et de la fumée dès qu’une Silvana vêtue de noir ouvre le spectacle… pardon, la représentation, seule au milieu de la scène principale noire et vide. Le reste de l’ensemble est soulevé des enfers, comme s’il s’agissait de figurants, déjà pré-enfouis dans cette pièce éternelle sur l’être ou le non-être.

Quant au maximalisme la production est totalement réalisée. Tonnerre et obus, douces envolées, humour de Göteborg, lumières stroboscopiques, Ebba Grön et une petite satire de marionnettes pornographiques comme une pièce dans la pièce. La reine Gertrude étincelante d’Annika Hallin et le roi Claudius despotique de Peter Andersson, aussi froid que n’importe quel chef de gang. L’Ofelia d’Isabelle Kyed, en tulle et paillettes, est une poupée, peut-être enceinte, entre les mains de ses chefs de famille masculins protecteurs.

Le fantôme le plus élaboré est celui de Manuela Gotskozik Bjelke, une véritable figure de heavy metal avec une cape, une voiture et une voix déformée, qui exhorte Silvana-Hamlet à venger le meurtre de son père.

Les vers blancs de l’œuvre de Sture Pyk est la piste sur laquelle Silvana Imam slalome tout au long du spectacle. Les citations immortelles d’Hamlet sont claires et pures dans son personnage, tandis que les monologues attribués se perdent parfois dans le son et l’attitude.

Certains passages un peu brillants doivent néanmoins être soulignés. Des lignes comme « Où est Dieu quand les anges meurent » suggèrent qu’Hamlet est un jeune aussi déraciné que n’importe quel jeune d’aujourd’hui perdu dans des bagarres de gangs vengeurs.

Sunil Munshi fait de la comédie de la tragédie la plus sombre de Shakespeare dans une production pleine de contradictions et de peu de subtilités. Le fragile contre le dur, le clair contre le caché, la lumière contre l’obscurité.

Tout se termine, bien sûr, par une mort maléfique et dénuée de sens, comme il se doit lorsque la vengeance fait des ravages. Si le Hamlet de Silvana peut rappeler au monde cette absurdité, je ne peux qu’applaudir.