
Dick Fosbury a remporté la médaille d’or olympique du saut en hauteur à Mexico en 1968. La façon dont il a sauté si haut, le dos en avant, a choqué les concurrents et les spectateurs.
Le « flop de Fosbury » a été une percée et reste encore aujourd’hui le style des meilleurs sauteurs du monde.
Mais pendant que Fosbury développait ce nouveau style dans l’Oregon, aux États-Unis, l’adolescente Debbie Brill faisait de même plus au nord, près de Vancouver, au Canada.
Debbie Brill est née en 1953 et détient le record du Canada depuis 1969. En 1982, elle a établi un nouveau record du monde en salle de 1,99 mètre. Il s’agit toujours d’un record national et il n’est inférieur que d’un centimètre à la hauteur qui lui a valu la médaille de bronze aux Championnats du monde de 2022.
Mais si son « Brill Bend » est surtout connu au Canada, c’est le flop de Fosbury qui est devenu célèbre.
Alors, qui était vraiment le premier ? La question revient à l’oracle de l’athlétisme Stefan Holm, vainqueur des Jeux olympiques de 2004 en hauteur.
– Il n’est pas possible de le dire, mais … Debbie Brill a concouru au stade de Stockholm quelques mois avant les Jeux olympiques de 1968 et a été remarquée à l’époque dans Expressen pour son style étrange, dit-il.
– C’est une athlète fascinante, mais qui n’est pas aussi célèbre que Fosbury. En fait, la première fois que j’ai entendu parler d’elle, c’était lors de la Coupe du monde 2001 à Edmonton.

Photo : Mathias Bergeld/Bildbyrån
L’histoire des sauteurs en hauteur aurait pu voir différente si Dick Fosbury n’avait pas réussi à se qualifier pour les Jeux olympiques de 1968. Ce qu’il a d’ailleurs failli faire. Lors de la sélection finale, il n’eut qu’une seule chance de franchir 2,18, une hauteur que trois autres avaient franchie. S’il avait échoué, il aurait manqué les Jeux olympiques. Et le Fosbury Flop n’aurait pas eu le même impact sur les téléspectateurs du monde entier.
Debbie Brill, quant à elle, n’a que 15 ans et n’est pas encore un sauteur à part entière.
Lorsqu’elle a commencé à concourir à l’adolescence, ses camarades utilisaient le style plongeon, une façon de sauter qui semble aujourd’hui un peu bizarre, mais qui était évidente à l’époque.
Brill était considérée comme un franc-tireur et un rebelle. Un extrait de YouTube datant de 1966 la montre en train de sauter le dos tourné vers l’avant.
C’est cool d’imaginer cette jeune fille se lancer dans une compétition et dire « c’est vous tous qui faites des bêtises ».
– Sur les premières photos, elle a l’air d’un chiot, mais elle était très jeune et s’est développée au cours d’une longue carrière », explique M. Holm.
– Il est intéressant d’imaginer cette jeune fille se lancer dans une compétition et dire « c’est vous tous qui faites fausse route ». Elle pensait que c’était la façon la plus naturelle de se lancer.
À l’époque, il n’était pas courant d’avoir des matelas pour atterrir. Le vol se terminait souvent dans un bac à sable. Ce n’est pas très agréable si vous atterrissez sur le dos. Le père de Debbie Brill a donc rempli des sacs de mousse pour qu’elle puisse atterrir en douceur.
– Les Jeux olympiques de Mexico ont été les premiers à utiliser un matelas, explique Stefan Holm.

Photo : Ronald Spencer/TT
Debbie Brill et Dick Fosbury se sont rencontrés lors d’une compétition en 1966. Ils ne se connaissaient pas, mais les coéquipiers de Brill, alors âgée de 13 ans, lui ont dit « regardez, il y a quelqu’un d’autre qui saute de la même façon que vous ». Fosbury a reçu à peu près la même information de la part de ses camarades.
La biographie de Fosbury, « The Wizard of Foz » (Le magicien de Foz), indique :
« Dans un monde où Brill et Fosbury étaient perçus comme différents, ils avaient un sentiment d’appartenance.
Fosbury est décédée lundi à l’âge de 76 ans, tandis que Debbie Brill a récemment fêté ses 70 ans.
C’était donc soit Fosbury ou Brill qui a fait le flop en premier ?
Non, Stefan Holm veut renverser la situation et nous parle de l’Américain Bruce Quande qui, dès 1963, lors d’une compétition dans le Montana, a effectué un saut avec un flop. Holm se réfère à un article paru dans le magazine Track & ; Field news en 2000.
– A en juger par la photo, c’est un flop, dit Stefan Holm.
Y aura-t-il un nouveau style à l’avenir ou le flop survivra-t-il ?
– Si c’est le cas, ce serait un retour au style de plongeon, car l’homme est plus souple vers l’avant que vers l’arrière. Mais il faudrait alors trouver une façon plus douce de sauter, à cause du risque de blessure. La question est de savoir si quelqu’un ose prendre le risque d’essayer », déclare Holm, qui, dans un rapport de DN datant de 2004, a dépassé les deux mètres avec six styles différents, y compris le style en ciseaux.

Photo : TT
Quelques succès en Jeux olympiques pour Debbie Brill.
À Munich en 1972, elle se classe huitième, mais est fortement déçue par la décision du CIO de poursuivre la compétition après l’attentat terroriste qui a tué 11 Israéliens et un Allemand. Après cette expérience, elle abandonne le sport pendant trois ans.
À Montréal en 1976, elle déchire la hauteur d’entrée de 1,75.
Les Jeux de Moscou de 1980 sont boycottés par le Canada. Un mauvais timing pour Debbie Brill, qui était alors numéro un mondial.
Mais elle remporte la Coupe du monde 1979, l’équivalent de la Coupe du monde actuelle.
– Quand j’étais jeune, on me considérait comme maigre et maladroite, mais quand j’étais la meilleure du monde, je n’étais pas si maigre, a-t-elle déclaré dans une interview.
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Erik est né et a grandi à Stockholm, en Suède, où il a passé la majeure partie de sa vie avant de venir vivre en France en 2018. Il est de langue maternelle suédoise et parle couramment francais. Il a obtenu un diplôme en communication et marketing à l’Université de Stockholm. Passioné par les voyages et la culture Suédoise, il aime partager les infos et valeurs de la Suède.
