Le film de Magnus Gertten sur Cornelis contient beaucoup de belles archives. Des concerts où Cornelis Vreeswijk est jeune, heureux et rond. Sa musicalité brille de tous ses feux, tandis qu’il enfile avec désinvolture et sourire beaucoup trop de mots, en faisant des rimes impossibles et des phrases tordues. Avec des chansons comme Grimasch om morgonen, Personliga Persson, Ångbåtsblues et toutes les interprétations de Bellman, Cornelis est tellement au paradis de la musique qu’il supporte un certain examen.

Certains se joignent à nous broken shoes se propose de pénétrer dans les recoins les plus sombres de Cornelis, là où sévissaient l’abus, la jalousie et la violence. Le matériel est solide : une interview de Cornelis enregistrée sur son lit de mort et d’innombrables autres voix : ex-femmes, directeurs de maisons de disques, collègues musiciens, amis et connaissances. Certains prennent beaucoup de place parce qu’ils sont à l’image, d’autres ne font qu’entendre leur voix.

Magnus Gertten a fait le grand succès Tusen bitar sur Björn Afzelius en utilisant une recette similaire. Les musiciens sont présentés comme de grands mystères qu’il s’agit de résoudre, mais il ne parvient jamais à s’attaquer à leur noirceur. Il y a quelques indices ici et là, mais pas de réponses. Peut-être n’y a-t-il pas d’autre explication que le fait qu’ils étaient des soleils avec beaucoup de taches ? Et que la célébrité est un état maudit ?

Lorsque Cornelis après une longue période blanche, s’enivre et, dans un accès de jalousie, maltraite sa femme Bim, c’est le point le plus sombre du film, celui où les questions et les réponses importent le moins. Des images fixes montrent un Cornelis épuisé sur le bord du lit et sa tête entière dans l’ombre, dissoute dans l’obscurité.

Cornelis s’est vu Cornelis se voyait lui-même comme un homme vulgaire, un barbouilleur qui voulait chanter les louanges des enfants malheureux de la société. Mais le film évite soigneusement les aspects de Cornelis qui vont à l’encontre de cette solidarité, comme le fait de poignarder une femme transgenre et d’en faire une chanson amusante (The Ballad of How Don Quixote Went on a Blow Job), ou de refuser de payer ses impôts, ou encore d’abuser de sa femme endormie ? Ou abuser de sa femme endormie…

Relation avec le fils Jack est presque complètement ignoré, on a l’impression d’un évitement délibéré, et je me demande pourquoi. Peut-être les réponses à l’obscurité étaient-elles là ?