Celui-ci adaptation cinématographique du roman en trois parties d’Honoré de Balzac, « Illusions perdues », brosse un tableau de l’abus de pouvoir et de la corruption rampante dans le paysage médiatique du début du XIXe siècle, ou du moins dans ses tabloïds. Si l’on en croit Balzac et le film, les périodiques de l’époque étaient dirigés par un ensemble de types cupides qui étaient bien payés pour leurs opinions, qui critiquaient ou faisaient l’éloge de pièces de théâtre et de livres – et de personnes – à la demande, qui faisaient prospérer ou s’effondrer des carrières dès le départ.

Dans ces eaux troubles évolue Lucien Chardon, un arriviste de la campagne, dont les ambitions poétiques sont plus grandes que son talent, ce qui l’amène à rejoindre la mafia monétaire de cette plume d’oie.

Lucien est est plein de rêves glorieux d’avenir, veut embrasser les idéaux de la romance mais est fondamentalement un type glissant, joué avec une arrogance légèrement repoussante par Benjamin Voisin. Nous le côtoyons pendant deux heures et demie, sans qu’il ne parvienne à susciter plus qu’un soupçon de sympathie. Mais ce n’est pas l’intention du cinéaste Xavier Giannoli (« La Révélation ») : il s’agit plutôt d’un conte moral dans lequel Lucien subit le fouet pour notre plus grand bien.

En même temps : une excursion vivante et détaillée dans la France post-napoléonienne qui peut vous horrifier, pour ensuite sortir du salon et entrer dans une ère contemporaine de trolls, d’influenceurs et de colporteurs de fake news qui traitent la « vérité » comme une piñata.

Le rythme est élevé, tant dans la dramaturgie que dans l’exécution, mais il est malheureusement accompagné d’une voix narrative si constamment répétitive que l’on aimerait que quelqu’un puisse immédiatement établir une ordonnance de restriction auditive. Le but de l’adaptation d’un roman au cinéma n’est pas d’en faire de belles images.

Eh bien, l’éternelle oraison ne parvient toujours pas à étouffer le drame. En fin de compte, nous avons toujours un film motivé, pictural et d’une actualité inattendue – et personne ne m’a payé pour écrire cela. Ou alors d’accord… SVT paie, mais l’opinion est la mienne.