Si l’on pense que le grand sujet de la fiction est le souvenir, la phrase d’ouverture devient une consigne d’écriture.

« D’abord les adieux, puis la récupération des corps – tout ce qui se trouve entre les deux n’est que spéculation. »

L’histoire d’une mère. La jeune fille voyageant à l’avance avec ses frères cadets, comme l’un des réfugiés du Viêt Nam en 1978, ils survivent. Le reste de la famille ne survit pas. Les adieux sont devenus la fin : le sens de la fuite forcée et la perte de ce qui était la raison de la fuite.

Le roman réussit à dépeindre le temps qui s’arrête pendant tous les mois d’incertitude dans les camps. La jeune Anh devient un personnage du 19e siècle, issu des univers de Dickens ou de Moa Martinson, lorsqu’elle apprend à coudre dans une usine de textile pour obtenir un supplément de nourriture afin que ses frères puissent grandir.

Le classique « Les chagrins de la guerre » de Bao Ninh, qui traite de la tragédie de la guerre en tant que processus continu, nécessitait une chronologie brisée pour être raconté. Cécile Pin se situe donc dans la génération suivante et a choisi pour son récit la forme forte de l’essai autofictionnel de notre époque. Elle découpe des scènes documentaires que l’on peut reconnaître dans le présent. Des bateaux de réfugiés en Méditerranée. Le jour où les Américains ont quitté l’Afghanistan en 2021 et où des gens désespérés sont tombés des avions qui les transportaient, faisant écho au mois d’avril 1975, lorsque les États-Unis ont quitté Saigon. Ses recherches. Des documents.

À certains moments, on a l’impression que l’auteur sort de l’histoire, mais elle doit persévérer, car la vérité politique et personnelle a été piégée.

L’Angleterre de Margaret Thatcherqui est devenue le pays d’origine des frères et sœurs, n’a pas vraiment voulu accepter les Vietnamiens. La Suède non plus. On parlait de culture, ce qui rendait les choses difficiles. Le temps passe et repasse. Et la fille Anh est devenue une mère inquiète pour l’auteur.

Les âmes errantes du roman sont toutes des morts, et la voix du petit frère Dao revient par bribes déchirantes. Mais les esprits non bénis sont aussi les survivants. La mère. Les oncles. Toute une diaspora vietnamienne.

Pourtant, c’est un paradoxe un roman lumineux sur la libération des morts non bénis afin que, comme dans le monde nostalgique des Moomin, une histoire plus complète soit créée où l’on a « un vrai ancêtre ».