Un père et son fils adolescent se disputent dans un embouteillage, mais une catastrophe survient bientôt. La mystérieuse épidémie qui transforme certaines personnes en animaux a déjà quelques mois. Il s’agit maintenant de naviguer dans l’inconnu avec toute la politique, la logistique et les relations qui ont été humaines mais qui ne le sont plus.

Histoires de la société face à des menaces inconnues est la raison d’être du genre science-fiction. Dans quelle mesure sommes-nous civilisés lorsque nous sommes mis à l’épreuve ? La réponse est souvent une dictature militaire fasciste au bout d’une semaine, mais « The Animal Kingdom » ne se contente pas de cela. Les autorités et les citoyens tâtonnent dans l’obscurité. L’ampleur mondiale de la catastrophe se manifeste par des apartés : en Norvège, les humains et les mutants vivent apparemment en harmonie…..

Le père François sauve les apparences dans une panique entraînée, malgré le fait que sa femme se soit entièrement transformée en prédateur poilu et qu’elle se soit échappée pendant le transport médicalisé. Une large cicatrice sur la joue de son fils rappelle les risques encourus.

La prémisse est spectaculaire mais il s’agit avant tout d’une histoire père-fils incroyablement bien interprétée. Romain Duris, dans le rôle du père, vibre d’inquiétude, de colère et d’amour pour son fils. Emile, 16 ans, est à la fois effrayé comme un chiot et têtu comme un adolescent, et Paul Kircher l’interprète avec beaucoup d’agacement. Une charmante policière (Adèle Exarchopoulos) et une bonne amie (Florence Deretz) ajoutent de l’énergie et de l’humour.

Les effets spéciaux sont bien réalisés mais discrets. Un aigle humain à moitié développé avec des bandages sales sur le visage, ou une pieuvre qui fait des ravages dans le supermarché. Ils se fondent bien dans le paysage plutôt laid et boueux du sud-ouest de la France. L’atmosphère rappelle la série télévisée « Les Revenants » et, sur le plan thématique, le film est un cousin sobre de « The Lobster » de Yorgos Lanthimos.

Thomas Cailley équilibre habilement sur le fil du rasoir du mélange des genres, ne faiblissant que vers la fin, lorsque les scènes de forêt deviennent trop longues et que les animaux humains sont exhibés comme des monstres de foire. Le film est à son meilleur lorsque les mutants restent en marge et que leur humanité controversée met les « normaux » à l’épreuve.