
Nous sommes en 2016, Sergueï, jeune retraité, se trouve dans la zone grise entre l’armée ukrainienne et les séparatistes soutenus par la Russie dans l’est de l’Ukraine. Son village est bombardé de deux côtés, l’église est réduite en miettes, l’électricité a été coupée et avec elle tous les habitants. Mais Sergei a six ruches pour survivre.
Sergueï est le personnage principal du roman « Grey Bees » d’Andreï Kourkov, paru en 2019 et désormais disponible en suédois dans la traduction d’Ylva Mörk. Kurkov vit en Ukraine mais écrit en russe, et a publié plus tôt cette année « Diary of an Invasion » (Journal d’une invasion) avec des notes et des articles datant du printemps de la guerre en 2022. Quiconque croit encore que la guerre a commencé il y a un an et non en 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée, verra sa vision du monde corrigée dans ce roman, qui donne un aperçu de la façon dont la guerre affecte la vie de la population civile depuis de nombreuses années maintenant.
Nous voyons la réalité du point de vue de Sergueï, qui n’a pas grand-chose à faire lorsque ses abeilles hibernent, mais la solitude offre aussi un espace pour les souvenirs. De plus, tous les détails du quotidien prennent de l’ampleur et comblent le vide créé par la guerre : il ne se passe rien pendant que l’on met de la vodka sur la table, que l’on remonte l’horloge, qu’un soldat tué gît longuement dans la neige.
Quand le printemps s’installe et qu’il est temps pour les abeilles d’essaimer, Sergei craint qu’elles ne soient blessées par le bruit constant de la guerre auquel il s’est habitué. À la moitié du livre, il prend ses ruches et part vers l’ouest, dans un voyage sinueux à bord d’un vieux camion à plateau. En chemin, il rencontre des gens qui lui donnent – et nous donnent – un nouvel aperçu de ce que c’est que de vivre dans une société où des peuples différents vivent côte à côte, mais où la guerre brise les communautés et où la police de sécurité russe pénètre dans les maisons des gens.
À ce chaos s’oppose la société ordonnée des abeilles et leur bourdonnement réconfortant. Mais même les abeilles peuvent devenir grises pendant la guerre. L’intérêt que Sergei porte à ces abeilles, sa lutte tranquille pour protéger leur vie et sa curiosité amicale pour les étrangers qu’il rencontre font de ce roman une lecture passionnante. Après tout, tant qu’il y aura des gens comme Sergei, il y aura de l’espoir.
Erik est né et a grandi à Stockholm, en Suède, où il a passé la majeure partie de sa vie avant de venir vivre en France en 2018. Il est de langue maternelle suédoise et parle couramment francais. Il a obtenu un diplôme en communication et marketing à l’Université de Stockholm. Passioné par les voyages et la culture Suédoise, il aime partager les infos et valeurs de la Suède.
