Le conte de Noël de la modernité de Dickens à Karl-Bertil – oppose la générosité chrétienne à l’avarice sociale. J’aimerais promouvoir ce petit livre comme un conte de Noël alternatif à l’hiver 2023, où il se passe des choses inimaginables autres que l’arrivée sur terre de l’enfant Jésus avec une morale provocante.

« The Downfall » a soixante ans pages de prose bouleversante sur le bombardement de Hambourg à l’été 1943. Je me demande souvent : et si cela arrivait ici, que se passe-t-il à Gaza et en Ukraine ? Si une bombe tombait ici, dans cette belle maison des années 1920 ? Cela ressemble à un exercice spirituel important, même s’il est petit et privé. Le livre de Nossack ouvre des portes à la compréhension et à l’empathie d’une manière qui le rend étrangement pertinent dans le présent. Il l’a écrit en novembre 1943, trois mois après les bombardements, et a été traduit par Ludvig Berggren.

Nossack et sa femme sont en vacances dans un chalet loué à l’extérieur de la ville. De loin, ils voient la ville se transformer en une mer de feu. Puis ils reviennent (« Mais ne devenez pas un réfugié ! ») pour constater la dévastation. Le texte est tâtonnant, en quête de fiabilité. Le concret – le grondement des 1800 bombardiers dans le ciel, les piles oblongues de corps humains carbonisés dans la rue – est entrecoupé d’un flux de conscience dans lequel le raisonnement analytique est juxtaposé à une nostalgie brûlante de ce qui vient d’être, et à une jalousie mesquine à l’égard d’une maison voisine qui, bizarrement, est toujours debout après la tempête de feu.

L’histoire sort du moule : elle est intrusive, inachevée. C’est le mauvais camp, les Alliés, qui commettent cette horrible attaque contre la population civile, surnommée l’Hiroshima de l’Allemagne. Nossack n’aborde nulle part le nazisme ou Hitler, ni le fait que son propre pays est sans aucun doute à l’origine de tous ces malheurs, mais il insiste à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’en veut pas aux Anglais malgré ce qu’ils ont fait à sa ville, à son monde, à sa vie.

A lire après Noël, à haute voix ou en privé, et méditez sur les questions qui étaient juste hors de vue mais qui restent là, refusant de disparaître : « Imaginez que vous fermiez les yeux pendant quelques secondes, puis que vous les ouvriez et que vous ne trouviez plus rien de tout ce qui était juste là », comme l’écrit M. Nossack.