Le film commence par un rêve, dans lequel la protagoniste Nana s’enfuit dans la jungle avec son enfant au sein, pour échapper aux machettes des rebelles. Elle voit son père décapité et le souvenir de son mari s’estompe.

Les rêves de Nana reviennent tout au long du film et servent de projection à ses souvenirs, ses désirs et ses secrets. Dans le présent du film, elle est au début de l’âge mûr, menant une vie superficiellement riche avec trois enfants d’un autre homme plus âgé. Il la traite bien, sauf qu’il a pris une maîtresse.

Mais cela ce dernier ne semble pas être un gros problème. En fait, la plupart des choses sont assez indifférentes ici. Ou du moins, c’est ainsi qu’elle est présentée. L’état de Nana, semblable à celui d’un valium, ne permet aucun excès émotionnel, mais offre plutôt un voyage reposant à travers un esprit et une mémoire mélancoliques. D’une certaine manière, elle n’est pas là, nostalgique de son premier mari, souffrant d’une grave aliénation. Ou, comme elle le dit elle-même : « Je dois être comme l’eau et m’adapter à l’environnement ».
Il se peut qu’elle mène une existence sans friction, mais les vapeurs de valium me plongent malheureusement aussi dans un état somnambulique.

Le cinéaste Kamila Andini est un nouveau nom dans le cinéma suédois, mais ses films tournent généralement – et remportent des prix – dans le circuit des festivals internationaux. Il en va de même pour « Before, now and then », qui m’empêche encore de dormir grâce à la beauté de ses images, de préférence des contre-jours mélancoliques et des paysages époustouflants. Le film d’Andini est encore renforcé par ses références à l’histoire contemporaine de l’Indonésie, avec la guerre d’indépendance puis l’arrivée du dictateur Suharto. La politique mondiale, bien que marginale, est soigneusement intégrée et affecte indirectement la vie de Nana.

« Avant, maintenant et après » est un parent émotionnel du drame acclamé et discret de Wong Kar-Wai « In the mood for love » de 2000. On y retrouve les mêmes années 60, une production stylisée et une passion contenue, mais l’accent est mis sur l’ambiance. Il y a plus d’ambiance que de narration ici, mais c’est une ambiance qui en dit long.