Le « Jeu du rêve » de Strindberg fait partie de ces classiques insaisissables, constamment analysés et cités. Alors que la trame de l’histoire est apparemment simple – la fille du dieu Indra, Agnès, descend sur terre pour témoigner de la condition humaine – le drame se caractérise par l’insaisissable manque de logique du rêve.

Jens Ohlin souhaite conserver la structure onirique de Strindberg tout en la transformant en quelque chose de banal. Ici, Agnès est une femme en colère à l’époque de la colonisation de 1974. L’ancien doit être annulé et le nouveau doit être écrit, Dieu doit être supprimé et la mère doit savoir quoi faire.

La scène est le théâtre, tout le drame tourne autour d’une production dirigée par Agnès elle-même, c’est la pièce de ses rêves. Comme chez Strindberg, les personnages flottent les uns dans les autres, disparaissent et réapparaissent, mais chez Ohlin, le réalisme de l’évier de cuisine (cet éternel brunissement des oignons) s’allie au jeu de la fantaisie théâtrale. Alors que les conditions changent et que les directeurs sont remplacés, un assistant est constamment aux côtés d’Agnes. Il prend des notes sur tout, fait avancer le travail, le temps est compté.

En d’autres termes, il s’agit d’une histoire de théâtre, de poésie et de performance. Et comme souvent, le théâtre devient une image de la vie. Trois générations d’Agnès se rebellent contre sa mère, elle s’insurge contre la frivolité des hommes et éprouve du remords pour sa fille.

Le mystère de l’univers se résume à L’art d’être parent, criblé de dettes. Ai-je fait ce qu’il fallait ? Pourquoi n’ai-je pas profité du temps où les enfants étaient jeunes ? Et enfin, n’ai-je pas été pire que les autres ?

Jens Ohlin a déjà transformé Shakespeare avec son collègue Hannes Meidal. Aujourd’hui, il continue de déconstruire les classiques, de les briser et d’en construire de nouveaux. Il le fait avec une subtilité contemporaine, avec humour et charme, sans profondeur existentielle mais avec un peu d’émerveillement devant le passage galactique du temps. C’est très bien.