
Dalva est pas comme les autres filles de 12 ans. Elle porte une robe en dentelle, se maquille et se coiffe d’un chignon avec des épingles à cheveux. Lorsque son père est arrêté par la police au milieu de la nuit et qu’elle se retrouve elle-même dans un foyer pour enfants et adolescents, Dalva est totalement antipathique. Des mots comme « enlèvement », « inceste » et « pédophile » ne lui disent rien. Elle aime son père et son père l’aime. Qu’y a-t-il de mal à cela ? Pourquoi ne peuvent-ils pas continuer à vivre ensemble ?
« Dalva » traite d’un sujet terrible, mais la réalisatrice belge Emmanuelle Nicot l’aborde avec profondeur et une grande sensibilité. Contrairement au genre policier et au mystère qui s’attardent sur les détails ou à l’image habituelle du « méchant ». seulement monstre, Nicot veut montrer la complexité du crime. Par exemple, l’isolement de la victime lorsque personne ne comprend sa version de l’histoire et la collision brutale qui se produit lorsqu’elle rencontre une réalité différente de celle que son père lui a inculquée. Cette approche est la bienvenue dans les eaux troubles du « true crime », où l’accent est mis uniquement sur le comportement dégoûtant de l’auteur et où le traumatisme de la victime est rarement traité en profondeur, voire pas du tout.
Parce que pourquoi Dalva, 12 ans, ne prendrait-elle pas le parti de son agresseur ? C’est là tout l’enjeu du « grooming » : instaurer la confiance et créer un lien émotionnel avec la victime. Faire croire à la victime qu’elle est aimée alors qu’elle est violée.
Le film est exempt de scènes du crime lui-même. Il se concentre entièrement sur le parcours psychologique de Dalva, qui redevient la jeune fille de 12 ans qu’elle est en réalité. Un retour à l’enfance.
La jeune Zelda Samson, dans le rôle principal, incarne cela de manière si douloureusement émouvante qu’on ne peut pas détourner le regard, même pour une seconde. De petits changements, le rouge à lèvres qui s’efface, les boucles d’oreilles en perles qui se rangent dans une boîte. Dalva démonte l’image de soi que son père a créée pour elle, un petit pas après l’autre, pour se retrouver elle-même.
Ce film est magistral, tant en termes de narration que d’exécution, et nous rappelle ce que le cinéma peut réellement faire : nous faire voir le monde d’une manière différente de la nôtre.
Erik est né et a grandi à Stockholm, en Suède, où il a passé la majeure partie de sa vie avant de venir vivre en France en 2018. Il est de langue maternelle suédoise et parle couramment francais. Il a obtenu un diplôme en communication et marketing à l’Université de Stockholm. Passioné par les voyages et la culture Suédoise, il aime partager les infos et valeurs de la Suède.
